Confiance

Le doute est salvateur. Rien ne m’effraie plus qu’une vérite absolue. Au contraire plus une affirmation se réclame d’être seule vérité possible, plus je l’examine et tente de la remettre en question.

La confiance est motrice. Rien n’est plus paralysant que de ne pas croire au motif de ses actions. Pour être efficace, l’acte se doit d’être réalisé dans la conviction.

Si seule une confiance assurée peut motiver l’action et si toute croyance doit être systématiquement mise en doute, il devient légitime de ne rien faire. Mais je ne me sens pas fait pour l’immobilisme. J’ai besoin de me lancer, d’échouer, de recommencer, de croire en l’aboutissement de mes actions.

Dans le même temps, j’ai aussi besoin de croire que demain peut m’apprendre à penser autrement, à remettre ainsi mon système de valeurs en question. Toute la valeur de mes actes est ainsi subordonnée à une justification temporaire et, sans doute, réfutable.

C’est je pense là que réside le génie de la faiblesse humaine : pouvoir s’investir avec force et passion dans un coup d’éclat à la motivation provisoire, savoir oublier le passé et l’avenir pour se concentrer sur la futilité du moment. Seul un tel mélange d’oubli et de mensonges éhontés permet en effet l’action, l’évolution, la vie.

Polémiquons

Il paraîtrait, et je tiens ça de source fiable, que j’ai tendance à amener la conversation sur des sujets polémiques insolubles, juste pour le plaisir de parler…

Je ne m’en défendrai pas. Il est évident que parler (comme écrire) reste un de mes grands plaisirs avec tout ce que ça peut comporter d’ennui chez mes interlocuteurs.

Mais si j’aborde souvent certains thèmes si polémiques, c’est aussi parce que je reste médusé par leur absence flagrante de conclusion possible. Ces sujets sont rendus récurrents par le fait même qu’ils ne trouvent jamais réponse.

La laïcité, le droit d’ingérence ou le conflit israélo-palestinien me paraissent, par exemple, des sujets qui n’entaînent d’opinions que celles énoncées unilatéralement. Ces sujets sensibles, aussi inscrits dans notre société soient-ils, semblent ne jamais pouvoir entraîner de position juste, et ceci queque soit le niveau d’information acquis. Cette caractéristique me sidère et la profondeur de mon étonnement m’amène effectivement souvent à l’exprimer en public. Comment peut on envisager sereinement que des problèmes de société aussi structurants ne pourront jamais qu’être partiellement solutionnés ?

Bien sur, je possède des avis sur ces questions, mais après analyse, ils se révèlent tout aussi subjectifs que ceux de n’importe qui d’autre ; sans doute fruit de mon éducation, de mon histoire, de mes références, mais en aucun cas recevables par tous. Je ne cherche donc pas à faire partager mon avis sur la question mais bien l’humilité et le souci d’objectivité que chacun doit, à mon avis, entretenir sur de tels sujets.

Liberté

Très jeune, j’ai voulu faire de la liberté ma principale valeur. La liberté sous toute ses formes : liberté de penser, de s’exprimer mais surtout liberté de ne pas faire comme tout le monde, d’ignorer les avis/préjugés/conseils des autres, liberté de choisir seul, liberté d’être seul maître à bord.

J’aimerais tant être contestataire/révolutionnaire/rebelle. Car ce que je rejette par dessus tout c’est la soumission à un avis externe. Je déteste les leaders d’opinion, je méprise le conformisme. J’ai besoin d’être persuadé que je me construit tout seul. Dès que je me sens dépendant de quelqu’un, je recule. Dès que je vois un groupe se constituer, je m’en extrais..

Ce comportement extrème se révèle souvent dénué de sens, au point d’entraîner l’effet inverse à celui motivé au départ. Dans les temps qui courent n’est il pas conformiste d’être anticonformiste ? Rassurez-vous : parfois, pour tromper l’ennemi et l’ennui, je tombe volontairement dans le cliché. J’argumente avec vigueur les théses courantes, au mépris de tout ce que j’ai auparavant pu dire ou croire sur le sujet. Qu’importe au fond l’avis, l’important n’est il pas simplement de soutenir le contraire de son interlocuteur ? Ne serait-ce que pour alimenter la conversation/éviter le consensus/défendre une thèse délaissée/parler pour ne rien dire..

Je vous remet un peu de spleen ?

Ca fait bientôt deux semaines que mon moral est en berne… Cela s’explique somme toute facilement : je bosse au même endroit depuis neuf mois, j’enchaîne les soirées esseulées à l’appartement, je remet tout au lendemain par fatigue, je perds les gens que j’apprécie.. Raison plus large : je suis tout simplement rattrapé par mon cycle de remise en questio » plus ou moins trimestriel. Une véritable mécanique qui me rappelle régulièrement qu’il y a un temps pour rire et un pour désespérer.

En écrivant la phrase précédente, j’allais d’abord inscrire « un temps pour vivre et un pour désespérer ». Or c’eut été faux car j’ai beaucoup plus l’impression d’exister dans ces temps de spleen. Ces phases, malgré tout ce qu’elles comportent de naïveté dans leur régularité même, me donne l’impression d’avoir le recul et le cynisme sur mes phases d’activité. Je croie, grâce à quelques heures de remise en question dispersées, conduire mon existence à ma manière et pouvoir donc me contenter de ce que j’en fais.. Système qui jusqu’à maintenant fait ses preuves.

À cœur ouvert

Depuis ma découverte, il y a bientôt un an, et demi du phénomène dit des « blogs » j’ai eu le temps de changer plusieurs fois d’avis à leur sujet. Tout a été dit; simplement je suis revenu de ma première phase d’excitation et mes différentes expériences avortées le prouvent. Ce qui me surprend le plus dans la naissance et la formidable explosion du phénomène est la capacité de chacun à éspérer/croire/savoir mériter l’attention. Affirmation jamais réellement démentie par la nature anonyme du lectorat d’un blog.

Je le disais, j’ai moi même parfois partagé cette idée. Idée parfois louable, souvent naïve mais ceci même fait sa force et explique l’engouement général. Phénomène qui je crois ne s’arréte pas aux blogs mais inclut plus généralement la généralisation des moyens d’expression et la crédibilisation d’un « 1 individu = 1 auteur ». Phénomène intéressant et révélateur sur le besoin humain de reconnaissance.

Pourtant je suis incapable de croire sur le long terme à l’honnêteté d’une telle entreprise. Passé les premiers messages, je tombe systématiquement en arrêt devant la vacuité/vanité de la démarche. Et mon entrain m’accompagne dans la chute.

J’ai longuement réfléchi pour savoir si je fermais cet endroit d’expression. La conclusion logique de ce qui précède plaide en effet ainsi. Pourtant je compte le maintenir ouvert et même – arrogance des premiers efforts – l’alimenter plus fréquemment. Pourquoi ? Parce que j’aime écrire et qu’écrire pour être (potentiellement) lu m’oblige une « rigueur » que je n’aurai peut-être pas sans. Parce que l’écriture a des vertus thérapeutiques moins chères qu’une analyse. Parce que j’ai le droit de conserver le secret espoir de trouver dans l’assistance quelqu’un qui me comprenne. Parce que celà peut sans doute aider les gens qui me connaissent à me comprendre. Parce que de là peut naitre le dialogue. Par prétention, par abandon. Par ignorance, par paresse. Par inconscience.. Parce que j’en ai envie sans avoir réellement d’en comprendre la raison..

Je risque d’y être trop expensif, pédant malgré moi, rechercher parfois la figure de style là ou j’aurai préféré livrer un peu de moi même. Je n’en suis pas forcément fier mais je ne m’en excuse pas.

Petit bonhomme de chemin

Classe de terminale, cours de philosophie.. La prof lance, vindicative : « si vous saviez mourir demain, feriez vous la même chose aujourd’hui ? ». Protestations véhémentes de la foule : « ah bah non alors ! », commentaires sarcastiques du plaisantin de service : « en tout cas, je ne serai surement pas en cours de philo ».

Toujours incroyable de se rendre compte des années après comme certains événements/moments/instants anodins ressurgissent et dévoilent ainsi l’impact qu’ils ont pu avoir sur ma vision des choses. Cette petite phrase, brandie à la face de la classe par une enseignante qui désespérait de réveiller et faire réagir son troupeau d’élèves, a fait depuis son petit bonhomme de chemin dans mon esprit.

Sur le moment les arguments manquaient pour tenter d’expliquer à la prof, volontairement naïve, qu’on ne peut pas vivre en se persuadant qu’il n’y aura pas de surlendemain. Pourtant cette question m’amenait sur m’interroger sur la conscience à avoir de la mort : nier son caractère imprévisible et donc potentiellement très proche me semblait le meilleur moyen de mal conduire sa vie.

Pendant des années, à partir de ce moment, je me suis couché en faisant l’effort de me rappeler que ma mort surviendrait peut-être d’ici mon réveil, ou (plus optimiste) d’ici ma prochaine nuit. Exercice surprenant mais que je me surprend à recommencer de temps à autre, lorsque j’ai l’impression que le sens de ma vie m’échappe…